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Fais-moi bander 
Trois mots.
P?tin, il s?était pas foulé.
Bien la peine que je trépigne depuis des jours dans l?attente de son mail.
J?ai soupiré en m?enfonçant dans mon fauteuil, les yeux fixés sur l?écran où s?affichait le succinct message. Ben voyons. Le faire bander, rien que ça. Pourquoi pas gravir l?Everest à cloche-pied, pendant qu?il y était ?
Et ce n?était pas pour dans six mois, évidemment. Mônsieur claquait des doigts et fallait obéir dans l?instant. Comme si je n?avais pas une vie, moi aussi.
Je râlais pour la forme, mais une partie de moi se frottait déjà les mains et se léchait les babines. Le défi m?excitait.D?un coup, je n?avais plus sommeil. Je suis allée me préparer un thé, j?ai mis Nova en sourdine et je me suis confortablement calée dans le fauteuil, les pieds sur la table basse, l?ordi sur les cuisses. Prête à relever le gant.
J?ai pris une grande inspiration, j?ai tricoté l?air avec mes doigts pour vérifier leur bon fonctionnement, puis j?ai regardé l?écran où le curseur clignotait, comme sur le starting-block.
Mais rien n?est venu.
L?intérieur de mon cerveau était soudain aussi vide que l?écran, et la difficulté de la tâche qui m?attendait m?est alors apparue.
Comment fait-on bander un homme avec des mots ?
Et comment pouvais-je deviner ce qui pourrait le faire bander, lui , qui ne ressemblait à personne ? Lui qui ne m?avait jamais encore entretenu d?un seul fantasme « classique », pioché dans le grand catalogue des jeux et perversions ?
J?ai soupiré, accablée. Déjà effleurée par le doute atroce de ne pas réussir.
J?ai bu une gorgée de thé.
J?ai allumé une cigarette.
J?ai encore soupiré, en suivant des yeux les volutes de fumée.
Si j?avais été face à lui, évidemment, et libre de mes gestes, le problème ne se serait pas posé. Ou pas longtemps.
Lui allongé, je me serais agenouillée entre ses jambes, puis penchée, jusqu?à ce que mes cheveux caressent sa peau. Ma bouche ne se serait plus souciée de mots à trouver, ma langue se serait déliée. J?aurais délicatement léché où il fallait, jusqu?à trouver les endroits les plus sensibles, jusqu?à ce que ça frissonne, que ça se contracte, que le sang circule.
Plus de timidité, plus d?hésitations, plus de pudeur. Une chatte devant un bol de lait. Le mystérieux instinct qui prend les rênes et guide en aveugle. Les lèvres autour de la bite qui s?éveille. Sa chair chaude qui se gorge, qui oppose peu à peu sa dureté au fourreau souple de ma bouche qui l?enserre?
Mmmm?j?en salivais. J?aimais qu?il me pénètre ainsi. Même quand il m?immobilisait et me faisait grimacer, le poing serré dans mes cheveux. Même quand il prenait tout son temps et m?empêchait de le faire jouir, se retirant un moment puis revenant en moi, plusieurs fois, sur un lent tempo qui n?avait pas de fin. Même quand il s?enfonçait loin, indifférent à mes yeux affolés.
Sa queue dans ma bouche.
Sa queue BAISANT ma bouche.
Rien que le concept me liquéfiait.
J?ai croisé les jambes, serré les cuisses, pointé les pieds, contracté les fesses.
Ce que je ressentais n?avait rien d?humide.
C?était une tension localisée, une convergence de toutes les énergies vers le même intérêt, la même obsession.
Une chaleur qui se concentrait dans un seul organe.
Je bande, j?ai pensé.
Amusée.
Puis contrite, en regardant mon écran toujours vide.
Avec tout ça je n?avais toujours pas d?idée.
Et mon thé était froid. -
à vos souhaits 
C?était une table en bois blond et de bonne facture, avec un plateau épais et quatre pieds solides et stables.
Elle n?a pas bronché quand je m?y suis assise. J?ai pensé un instant qu?elle avait dû en voir d?autres, et des plus lourdes que moi, même, peut-être.
Mais un instant seulement.
- Allonge-toi.
A-t-il dit en accrochant à sa main des larges boucles de corde, comme un marin qui prépare soigneusement son écoute.
Le même vertige, toujours.
Comme en haut de ce plongeoir de 10 mètres où je m?aventurais parfois quand un de ces idiots de garçons me lançait un « même pas chiche » qui m?obligeait à sauver mon honneur.
J?ai sondé ses yeux une dernière fois. Dans l?espoir impossible d?y lire une certitude, une assurance tous risques sans franchise cachée ni clause tordue.
J?ai vu son calme, sa concentration.
Son désir, aussi, pour ce qui allait suivre. Pour cet instant où le dernier n?ud serait serré. L?instant où tout changerait. L?instant du pas en avant à l?extrémité de la planche tendue au-dessus du vide.
Le reste?mystère. Aucun scanner pour lire l?âme dans le regard.
Lui-même, que voyait-il dans le mien ? A part la peur ?
Devinait-il ma faim, mon besoin de lui ?
Entendait-il mes suppliques, mes aveux impudiques ?
Ou ne voyait-il qu?une brune aux yeux fixes, qui se demandait ce qu? « allonge-toi » voulait dire ?
Deux inconnus aux portes d?un grand voyage.
Mon corps nu sur la table. La corde entre ses mains. Passeport pour le paradis.Ou l?enfer.
Ou les deux.
Une seule façon de le savoir.
Une seule façon d?éloigner ces souvenirs qui m?assaillaient d?une autre table, d?une autre corde.
Basculer en arrière.




