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La place du psy, l?oeil de la mère Comme vous le savez tous suite à l’apprentissage par coeur de ma biographie en école maternelle, je travaille pour plein de différents médias. Certains masculins, d’autres féminins, d’autres neutres, sinon des fois je glandouille à mort aussi.
Dans 100% des magazines masculins, on me fout une paix royale, zéro stress, zéro censure. Dans 90% des magazines féminins, on réécrit mes articles. On me bouge mon organisation, on change les témoignages, on vire mes blagues. Rien que pour trouver un sujet sur lequel me lancer, il faut la validation de douze personnes et environ trois mois de tergiversation. Non seulement 90% des mots que j’emploie (et comme vous le constatez ici, je ne place pas bite et chatte à tout bout de champ) sont interdits, mais 90% des sujets aussi. Trop hards, trop fétichistes, trop libérés, trop féministes, toujours trop quelque chose. L’angoisse totale.
Je trouve aberrant de pouvoir plus facilement porter une parole queer chez ceux qu’on prend pour de gros bourrins, plutôt que parmi les filles censément si ouvertes d’esprit. De fait, ce ne sont pas les lectrices qui sont coincées, ce sont les patronnes qui s’auto-censurent comme des malades (alors que les magazines masculins aussi ont des annonceurs et que les webféminins, généralement plus cools (pas tous !) font de belles audiences… avec les mêmes lectrices).
Pour moi, le problème est double :
1) Les magazines féminins grand public visent à donner des clefs pour, de manière pratique, fonder un couple et le garder. On est donc dans une problématique unique et un modèle qu’on ne remet pas en cause. Le couple ou la mort. L’asexualité est un moyen de sublimer le couple, l’échangisme renforce le couple, la bisexualité ne s’envisage que dans le rapport au couple… tout ça en restant “raisonnable” et “réaliste”. Afin de garder sa place sur le marché de la maternité, j’imagine. (Les magazines masculins visent à rigoler et découvrir des choses, on peut extrapoler, rêver, écrire de la science-fiction, sans se faire embêter.)
2) Les magazines féminins ne peuvent pas bouger une oreille sans l’avis du psy, et ce ne sont pas les plus progressistes qui sont choisis. De fait, dans un magazine féminin, quoi que tu fasses, ça mérite de passer sur le divan. Cet été, chais plus quel magazine laissait ainsi à lire qu’un enfant qui s’habille “hors de son sexe” après sept ans, il faut s’inquiéter (salut, Orwell). Les futurs névrosés se recruteront bientôt au berceau. Quoi que vous ayez sur la couverture d’un magazine féminin, y compris “je suis une grosse chiennasse qui aime se faire défoncer”, ça finira toujours par l’avis du psy, qui dira toujours que c’est mal.
Acheter un magazine féminin spécial sexe, c’est comme aller en partouze sous la surveillance de sa mère. Et je ne plaisante pas : il s’agit toujours de sexualité sous surveillance. Celle du psy, celle des copines, celle des convenances, celle des “conséquences” forcément dramatiques. Rien n’est jamais gratuit. Même si tu es Catherine M. et que tu aimes les gang-bangs, on ira te créer de la névrose au lieu de dire : “voilà une femme qui s’éclate”. Fouiner, décortiquer en cherchant toujours ce qui cloche, jamais ce qui libère.
Pour moi, la place consacrée au psy est plus problématique que le discours lui-même (discours qui me sort par les yeux, hein, mais les gens ont le droit d’être réac’). Pourquoi faut-il un encadré pour le psy ? Pourquoi le psy passe-t-il en fin d’article, pour synthétiser ce que disent les témoins et experts “mineurs” ? En quoi le psy est-il plus expert qu’un sexologue, un éducateur sexuel, un philosophe spécialisé ou un travailleur du sexe ? Qui, dans le complot maçonnique soudano-japonique sponsorisé par Raël, a décidé qu’il fallait un psy quand on parle de sexe ? L’organisation d’un article en dit long sur qui possède la parole la plus légitime. Dans la presse féminine, le psy est en bout de table, jamais remis en question, distribuant les sentences : nympho, problème avec le père, narcissisme… une perspective unilatérale (et sexiste) qui, bien souvent, invalide tout ce qui a été dit avant.
C’est très mystérieux, cette omniprésence à laquelle s’ajoute apparemment l’omniscience – ou au moins l’omnidroit de juger tout le monde. Demander l’avis du psy revient pour moi à demander l’avis de mes parents : c’est mignon, c’est protecteur, dans le cas du psy c’est volontiers stigmatisant, et ce n’est absolument pas ce qui me rendra libre et heureuse. On apprend à vivre sa vie sexuelle loin de l’oeil de sa mère, comment peut-on accepter la surveillance du psy ?
Dans les magazines masculins, il arrive que le psy soit convié, mais pas systématiquement en fin d’article pour donner la voix de dieu sur terre. On n’y pratique pas le paternalisme sexuel. On te dit ce que tu peux faire, pas ce que tu dois faire. On n’est pas en consultation permanente pour découvrir une maladie qu’on n’a pas encore.
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Bioman dans ton lit
“Bon, il est où ce beau Spiderman, que je lui arrache son tricot de corps ?”Samedi, rentrant d’un mois d’errance, je trouve dans ma boîte aux lettres berlinoise un étrange paquet mou. De l’anthrax ? Un animal mort ? Mais non, une combinaison de Zentai aux couleurs de la fière patrie teutonique. A ce moment-là, enfilant mon costume de super-héroïne du sexe, j’ai compris que les vacances étaient finies.
Bon alors, le Zentai. On en a déjà un peu parlé et comme j’y connais rien, j’ai demandé des conseils à Laetitia de Zentai Experience. J’aurais pu paraphraser à mort mais en fait, hop, interview :
- Hello hello, tu peux informer le monde de ce qu’est le Zentai ?
- En ce qui concerne les origines du zentai, les avis sont partagés. Une chose est sûre, le phénomène est japonais et le terme zentai est issu de la contraction de « ZENshin TAItsu », qui signifie « collant de la tête aux pieds ». On peut imaginer un jeu de mot avec « Sentai », le nom d?une des premières séries de science-fiction japonaise (1975) dans laquelle les héros sont masqués et portent des costumes très près du corps.
On peut également lire ici et là qu?à l?origine, ces vêtements étaient avant tout utilisés par les marionnettistes du théâtre « bunraku » (théâtre de tradition japonaise mettant en scène des marionnettes de grande taille manipulées à vue) comme accessoires pour les dissimuler. Quoi qu?il en soit, la culture du zentai a son roi : Marcy Anarchy. Ce photographe japonais de 54 ans a découvert à l?âge adulte le caractère sexuel qu?avaient pour lui les héros aux visages sans expressions et sans émotions des séries de son enfance. C?est rapidement après cette découverte qu?il a fait faire son premier costume et qu?il a fondé en 1985, via Internet, le mouvement «Zentai».
On peut l’utiliser à la maison pour des jeux érotiques, en club pour aller danser, dans la rue pour surprendre les gens, en soirée sexe pour se faire caresser, etc. L’anonymat que procure les costumes permettant de se laisser aller à des comportements que l’on n’aurait peut-être pas en temps normal et d’abandonner toutes ses inhibitions. Le zentai, c’est la liberté !
- Carrément d’accord avec ça (note pour les lecteurs : je suis pour le clonage humain à fins de libération sexuelle… ok, ou pour la fin de facebook. Pourrait-on tous s’accorder pour ne JAMAIS filmer ou photographier une performance sexuelle, quelle qu’elle soit, sans demander explicitement l’autorisation ? Je suis épuisée par la paranoïa qu’il faut développer pour qu’on nous foute la paix, aujourd’hui.) Enfin bref, j’arrête de raconter ma vie. Comment tu as débarqué dans cet univers ?
- J’ai découvert les zentai sur Internet par une amie. J’ai immédiatement été fascinée et voulu en avoir un. Ensuite, c’était les 40 ans d’un ami à moi qui est danseur. On s’est cotisés pour lui en offrir 10. Et on en a profité pour tous s’en acheter un. Et puis, je suis sortie avec mon mec au Berghain (lui en violet métallisé et moi en vert métallisé) (ndMaïa : le Berghain est le meilleur club de Berlin et, de l’avis de l’internationale des gens qui arrivent à rester éveillés après 22h30, du monde). Les réactions des gens étaient très diverses : amusées pour la plupart, surpris pour le moins, effrayés pour certains. Il y a quelqu’un qui voulait savoir ce qu’on avait à cacher (brûlures, cicatrices) et puis celui qui se demandait à quoi ressemblait (beau ou moche) et ceux qui trouvaient que c’était de la triche de se cacher comme ça quand tout le monde à le courage de montrer son visage. Enfin, il y en a quand même qui nous suivaient au toilettes pour ne pas nous perdre de vue. Ah, un autre nous a aussi demandé si on s’étaient rencontrés ce soir-là !
En bref, cette première expérience publique m’a donnée envie de les faire connaître. Une expérience en zentai, c’est vraiment quelque chose à ne pas rater.
- C’est dur, d’importer un fantasme ?
- Moi, je n’ai aucun problème avec mon corps. Je ne suis pas du tout pudique. Et j’aime mettre des costumes. Et puis, j’adore entendre ce que les gens projettent sur moi. Un jour à une fête, un type voulait se marier avec moi et que je n’enlève jamais mon zentai pour qu’il ne découvre jamais mon visage.
Enfin, la réaction n’est pas la même si on porte un zentai léopard qui est un costume très “basiquement” sexy ou si on porte un super héros (même si on est une fille) ou si on porte un zentai uni. Le fait de choisir ou non d’avoir des ouvertures (yeux, bouche ou carrément visage) fait aussi une grande différence. Pour moi, par exemple, la fille en zentai n’est qu’une seule et même personne. J’ai beau voir des dizaines de photos et en porter moi-même, je n’arrive qu’à projeter un seul et même visage… Étrange, non?
- Presque aussi étrange que moi qui essaie le truc et me coince dedans. Quelques conseils avant mon test vidéo complet ?
- Le tissu des combinaisons métallisées est assez épais. Il laisse mal la peau respirer. De ce point de vue là, les zentai en lycra classique sont plus agréables. Donc si tu transpires, oui, c’est normal. Attention aux filles à long nez (ndMaïa : **pleure convulsivement**) : la fois où j’ai porté mon zentai métallisé jusqu’à 11h du matin au Berghain, j’ai eu mal au nez pendant plusieurs jours… Pour les cheveux, se faire une queue de cheval basse.
- Aouch, trop tard. Bon, on essaie ça comment ?
- Je fais deux performances zentaiesques à Berlin en Septembre. Les gens pourront tester ! (NdMaïa : je viens le 8 et en costume !! Berlinois, venez !)
-> Zentai Experience, le site. A suivre la semaine prochaine, le test vidéo ! Cette fois je m’attacherai les cheveux :)







