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Retour vers le futur #2 : théorie, pratique, nature et tradition (octobre 2004) Le Moyen-Age a priori j’aimais bien. Vieux fond de paganisme plus ou moins étouffé par le catholicisme, reines toutes-puissantes, complots, beaux chevaliers aux cheveux flottants dans les volutes matinales de purin, chèvres, châteaux ornés d’une huile bouillante prête-à-servir, temps venu des cathédrales, et surtout BASTON. Tout dans l’épique rien dans la tête. 500 000 croisés en rang vers Constantinople, dont les neuf dixièmes mourront sur la route. Tournois galants. Invasions barbares. Angoisse et prières de la première ligne qui, miracle ou pas, ne survivra pas à la première minute. Cavalerie perçant la cohésion adverse. Râclement des lames. Epuisement à cause des armures trop lourdes. Mercenaires trop peu fiables pour assurer les arrières. Odeur des estomacs ouverts. Viol des cadavres, juste après le pillage.
Bref : une période cool, tendance, jouissive.
Et pourtant. Ce matin s’ouvrait à Reims le procès de trois jeunes néonazis qui ont battu à mort un homosexuel – faute d’avoir trouvé un Arabe. Dans la salle des assises, sur la table centrale, à deux mètres environ des parents cramoisis, et cachées d’eux par une troupe de cameramans honteux dans mon genre, se trouvaient les pièces à conviction. Deux fusils, un pistolet, mais ça c’est plutôt propre.
Et puis la masse. Un mètre de bois épais et irrégulier, peint en noir. Juste équilibre entre puissance et allonge. Et au bout, les clous. Cinq centimètres chacun. Une bonne quarantaine, bien alignés, en rangées successives. Méthode et préméditation. Les clous ont mieux résisté que la victime : pas un seul n’est tordu ou déplacé.Je visualise les gestes nécessaires pour abattre ça sur le crâne d’un inconnu pacifique.
Mais je ne conçois pas du tout l’état d’esprit. Même en imaginant un vieux macho en cloque assassin de Britney Spears hurlant du Emma Daumas quatre heures d’affilée sous ma fenêtre en pleine nuit avec ses chiens diarrhéiques et ses enfants en poussettes à trois roues.
Quel est le connard qui a dit que c’était mieux avant ?
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Retour vers le futur #1 : 9 trucs auxquels j?ai cru (novembre 2004) - Les zébus sont méchants.
Pour me mettre en garde contre les abus sexuels, mes parents m’ont fait lire à six ans “Attention Zébus”, un bouquin qui expliquait que les zébus t’offraient des bonbons pour t’emmener dans des caves, et qu’il ne fallait jamais se déshabiller devant un zébu. Heureusement qu’aucun pervers n’a jamais croisé ma route : je l’aurais sans doute suivi, rassurée qu’il ne ressemble pas à un zébu.
- Les garçons crachent du venin.
Je l’ai affirmé à ma maîtresse le premier jour que j’ai passé au CP.
Allez savoir pourquoi, cette stupéfiante lucidité quant à la
reproduction m’a value d’être transférée dès le lendemain en CE1.- Les garçons ont trois bites.
Mes parents m’avaient bien expliqué le concept de pénis, mais pas
celui de testicule. Peu curieuse malgré un petit frère à portée de
main, quelle ne fut pas ma surprise en voyant un oncle sortir de sa
douche ! Il avait effectivement un pénis, mais aussi deux autres pénis
derrière le premier. Mon imagination juvénile ne m’a
malheureusement pas permis d’imaginer toutes les options que cette
révélation induisait.- Les poupées sont des êtres humains morts.
Ainsi que toute représentation humaine en 3D (comme les mannequins
dans les vitrines). En conséquence de quoi je n’ai jamais pu avoir de
poupées : je les jetais à la poubelle sitôt offertes. Mes jouets, à
partir de là, se sont limités à des petites voitures ou des jeux de
construction. Notons que mon petit frère partageait ma phobie.- Les forêts sont magiques.
Mon cousin, très fort en mise en scène et tout auréolé de ses six
ans de plus que moi, m’emmenait souvent dans d’interminables chasses au
trésor. J’y découvrais de vrais diamants en verre, et j’échappais à de
vrais monstres en carton. Il disposait aussi des “cordes du pendu”
partout où j’étais susceptible d’aller… Encore aujourd’hui, je ne
suis pas très rassurée dans les forêts (salaud !).- La mort est un truc qui se passe dans les déserts.
Parce que dans les bédés de Lucky Luke, il y avait des squelettes
dans le désert, et que c’est comme ça que j’ai découvert le concept de
“mort” (“c’est quoi le machin blanc dans le saaable ?”).- La mort n’est pas un truc très grave.
D’ailleurs mes parents ont attendu deux ans avant de m’annoncer le
décès de mon arrière grand-père. Quant à son épouse, elle était devenue
malade au point d’être amputée d’une jambe, et folle au point de ne
plus me reconnaître : quand elle est morte, tout le monde était content
pour elle. Encore aujourd’hui, j’ai la vision très optimiste d’une
délivrance plutôt que d’un drame.- Les chiens sont dangereux.
Tous. Les gros parce qu’ils ont mordu mon frère, les petits parce
qu’ils m’ont mordue moi. Je n’ai toujours pas changé d’avis : le
plus ridicule yorkshire peut se transformer en prédateur, et vous arracher
la trachée pendant votre sommeil. Si si. J’ai pas forcément d’exemple, mais je suis sûre que ça arrive. Tous les jours. Toutes les minutes, même.- Plus tard, je serai écrivain.
Je crois que mes parents conservent encore mes premiers romans
(quatre ans) et mes premières bédés (cinq ans). Ensuite j’ai voulu être
vétérinaire, masseuse, cascadeuse, parachutiste et prostituée. Et puis
finalement re-écrivain. Comme quoi l’acharnement paye.À lire aussi :
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- Je tourne le dos et il se passe plein de trucs




