-
Oralité tricolore (2) Chez les jeunes qui n’ont pas encore eu de rapport sexuel avec pénétration (dans l’enquête, c’est le cas de 25% des femmes et 21% des hommes de 18-19 ans, 13% des femmes et 8% des hommes de 20-24 ans, 3% des femmes et 4,5% des hommes de 25-29 ans et moins de 2% de ceux qui ont 30-34 ans), lorsqu’ils ont eu des activités sexuelles il s’agit « essentiellement de caresses manuelles du sexe (entre 30 et 50% des déclarations des femmes et des hommes). Les autres pratiques sont très marginales : la sexualité orale (active et passive) n’a été expérimentée que par 5% des femmes et 10% des hommes qui n’ont pas eu leur premier rapport sexuel ». Des chiffres très éloignés de l’étude américaine de Wendy Chamber (Journal of sex research 2007) qui montrait que parmi les étudiantes de 19 ans encore vierges, 40% avaient déja sucé un garçon et 42% reçu un cunnilingus !
L’oral, c’est banal
On a du mal a l’imaginer, mais en 1992, 48% des femmes de 55 a 69 ans disaient n’avoir jamais pratiqué la fellation. Dans cette tranche d’âge ce n’est plus le cas que 29% des femmes « et inversement, 30% disent désormais la pratiquer régulièrement (souvent ou parfois au cours de l’année) ». Les déclaration des hommes étant très proches de celles des femmes si ce n’est que les hommes commencent plus tôt. Sachant que 70% des hommes et des femmes de 25-49 ans pratiquent régulièrement la sexualité orale, les chercheurs concluent : « Fellation et cunnilingus sont devenus une composante très ordinaire du répertoire sexuel des individus et des couples ».
Dans l’enquête Contexte de la sexualité en France (CSF) on remarque deux niches qui semblent encore résister a l’irrésistible ascension de la sexualité orale : la première est liée aux diplômes, la seconde a la religion.
Du Bac a l’oral
Sans qu’il soit possible de savoir si elle est effectivement moins pratiquée ou simplement moins déclarée (mais les auteurs de l’enquête disent n’avoir pas rencontré de réticence particulière des femmes lors de interview téléphoniques), la sexualité orale reste moins souvent déclarée par les personnes sans diplômes et il est possible que se maintienne une réticence spécifique a l’égard des pratiques orogénitales chez les non diplômées et les femmes de milieu populaires (En revanche, les déclarations sur la pénétration anale font apparaître un modèle inverse : « même si les différences sont peu marquées, ce sont cette fois les groupes les plus diplômés qui tendent a se dire les moins pratiquants, chez les femmes comme chez les hommes (…) »
Mais nous verrons dans une prochaine analyse que si l’oral est devenu banal, l’anal reste tout de même relativement marginal et occasionnel). Alors que 47% des femmes sans diplôme disent pratiquer régulièrement la fellation, c’est le cas de 71% des femmes ayant le Bac. De même, 53% des hommes sans diplôme pratiquent régulièrement le cunnilingus, alors que 76% des hommes ayant le Bac le font régulièrement.
Le fait de se déclarer comme musulman affirmé ou chrétien affirmé* se traduit par une pratique moins régulière de la fellation (respectivement 41% et 61% des femmes de 18-29 ans) et du cunnilingus (respectivement 36% et 61% des hommes de 18-29 ans) que chez les athés qui sont 68% des femmes de 18-29 ans a pratiquer régulièrement la fellation et 67% des hommes de 18-29 ans a pratiquer le cunnilingus régulièrement. Si l’on retrouve cet écart pour la masturbation, nous verrons qu’il en va bien autrement s’agissant de la sodomie, de la fréquentation des sites de rencontre sur internet ou de la consommation des films pornos.
*« affirmé » signifiant ici que la religion est importante -voir très importante- dans sa vie.
-
Oralité tricolore (1) Quinze ans après la 2e enquête nationale de l’INSERM et de l’INED sur la sexualité des Français (Spira et col., 1992), les éditions La Découverte ont publié le 13 mars le résultats détaillées de la 3ème enquête baptisée « Contexte de la sexualité en France » (CSF) sous la direction de deux sociologues réputés, Nathalie Bajos (Inserm) et Michel Bozon (Ined). Une masse impressionnante de chiffres et d’analyses fine (12 000 français âgés de 18 a 69 ans ont été interrogés, pour les plus jeunes et les plus âgés, il faut utiliser des méthodologies d’enquête différentes de celles-ci expliquent les chercheurs), qu’il faut maintenant explorer. Les médias ont y consacré quelques pages (et même un dossier pour Le Nouvel Obs du 6 mars) mais il est temps d’aller un peu plus loin. Premier enseignement : si « le modèle de la sexualité hétérosexuelle monogame et pénétrative constitue un système normatif structurant », les pratiques sexuelles des français sont extrêmement diversifiées, a tel point que l’on pourrait presque parler DES sexualités des français plutôt que de LA sexualité des français ! Voyons pour commencer ce que nous dit l’enquête sur la sexualité orale.
Sexualité sans pénétration ?
On retrouve dans le rapport Bajos-Bozon la confirmation de la diffusion de la sexualité orale désormais pratiquée régulièrement par deux femmes sur trois et autant d’hommes. Ainsi, la fellation est pratiquée régulièrement par 38% des femmes de 18-19 ans et 53% des femmes de 20-24 ans ; le cunnilingus est pratiqué régulièrement par 46% des hommes de 18-19 ans et 59% des hommes de 20-24 ans. Le développement de la fellation et du cunnilingus ont d’ailleurs amenés les chercheurs a consacrer tout un chapitre a : « La sexualité sans pénétration : une réalité oubliée du répertoire sexuel ». En pratique, si un rapport sexuel comporte généralement une pénétration, on s’aperçoit tout de même que 32 % des femmes et 36 % des hommes (et pas seulement les plus jeunes) ont parfois (dont quelques % « souvent ») des rapports sexuels sans pénétration et cela en dehors de pannes sexuelles.
Caresses Hot
Les chercheurs de l’enquête CSF ont approfondi l’analyse puisqu’ils ont demandé a ceux qui pratiquaient régulièrement (souvent + parfois) une sexualité non pénétrative avec leur partenaire quelles étaient leurs pratiques préférées (l’analyse ne porte que sur ceux ayant déja expérimenté ces pratiques au cours de leur vie sexuelle). Sans surprise, dans ce groupe la pénétration vaginale ne recueille les préférences que de 37% des femmes (50% des 18-24 ans ; 43% des 25-34 ans ; puis 30 a 35% des 35-69 ans) et 47% des hommes (59% des 18-24 ans ; 54% des 25-34 ans ; puis 38 a 48% des 35-69 ans), mais les pratiques qui procurent le plus de plaisir se déclinent différemment pour les hommes et pour les femmes : Pour les femmes, « les caresses mutuelles sont la pratique sexuelle préférée (45%) devant la pénétration vaginale (37%). C’est la configuration inverse qui est enregistrée chez les hommes ayant ces pratiques : 35% d’entre eux seulement disent préférer les caresses et 47% la pénétration vaginale. » Les chercheurs de l’enquête CSF invitent donc a remettre en cause le stéréotype qui cantonne les caresses mutuelles dans les préliminaires. D’autant que la façon dont est posé la question laisse la porte ouverte a la masturbation réciproque : En général lors d’un rapport sexuel sans pénétration, en dehors d’une panne sexuelle, est-ce que… ? A) Vous vous faites des caresses mutuelles, B) Vous caressez le sexe de votre partenaire avec la bouche, C) Votre partenaire vous caresse le sexe avec la bouche (Souvent, Parfois, Rarement, Jamais).
A suivre…




