-
La chair est triste peut-être Spectatrice du désespoir et victime de mon tragique destin, je dois écrire un article sur les femmes qui rient à moitié dans ton lit. Or je ne suis pas sûre du tout. Je dirais, femme qui rit à moitié dans ton contrat de mariage, parce qu’un mec marrant c’est surtout intéressant pour partager du pain quotidien. Personnellement je suis ravie de rencontrer des hommes drôles, mais ça me donne envie d’en faire mes amis - rien de plus. Je ne crois pas au potentiel érotique de la vanne. A la rigueur, ce serait même l’inverse. Le rire fait tomber le mystère et la tension sexuelle. Le rire appartient à l’intimité et on peut avoir envie de se faire baiser sérieusement. Et of course, selon l’observatoire des bonnes manières sexuelles 2009, on peut faire une blague sur l’oreiller à condition que ce soit après le coït - ni avant, ni pendant. Je viens d’inventer cette règle. Mais en même temps elle me semble assez juste. (Oui, non, help ?)
-
Va viens meurs ressuscite Jusqu’ici je me cachais, le front noir de honte, la tête plantée dans un château de sable. Je pensais être la seule dans mon cas. La seule à avoir raté une étape cruciale de mon développement cognitivo-sexuel (mot compte triple). Et puis, en ouvrant mon coeur d’artichaut, j’ai découvert que non. Et qu’avec un peu de bol, plein de gens ont vécu cet intense moment de solitude, et on serait tous frères et soeurs dans la paix et la compassion.
Je m’explique.
Quand j’ai vu mon premier film porno (enfin, juste un extrait de dix secondes, mais c’était une pénétration gay en super gros plan, donc plutôt représentative de l’avalanche sodomite qui devait déferler sur le pr0n généraliste), j’avais dix-sept ans. Oui c’est tard. Mais mes parents ne sortaient jamais le premier samedi du mois. Même si j’avais pu mettre la main sur une cassette vidéo, je ne vois pas comment j’aurais pu la regarder alors que mon père travaille à domicile, à environ deux mètres de la télé.
Et bien sûr il n’y avait même pas Internet.
Cela dit, je ne voyais pas l’utilité de regarder du porno (même si je me serais jetée dessus par curiosité) : c’était plus une nécessité sociale qu’un vecteur de connaissance. Croyais-je. Parce qu’il se produit un truc terrible, quand on fait son éducation uniquement avec des bouquins, des magazines et des expos de photo. On a tout sauf le mouvement. On a bien pigé depuis qu’on a quatre ans que les bébés se font avec intromission du pénis dans un vagin, on a vu ce que ça donnait dans toutes les positions grâce à Penthouse et aux BD porno, MAIS ON N’A PAS LE MOUVEMENT.
Je me souviens parfaitement avoir vu des chats copuler quand j’avais dix ans, et m’être dit “ils sont complètement débiles ces chats, pourquoi ils bougent ?”
Avec le recul, je me demande comment j’interprétais les mots “coups de boutoir” ou “va-et-viens”. Sans doute comme des licences poétiques.
J’ai donc attendu d’avoir 12 ans pour piger. C’était un cours d’éducation sexuelle (comme quoi, hein) et une vidéo permettait de voir comment fonctionnait, de l’intérieur, une relation sexuelle. Le pénis était représenté par une banane bleue et le vagin par un trou blanc. La banane faisait trois mouvements dans le trou, laissait du liquide, et disparaissait (fort potentiel érotique). Moi, je me grattais le crâne en essayant façon Agatha Christie de remettre les pièces du puzzle dans le bon ordre. Pourquoi le pénis bougeait ? Comme personne n’avait l’air choqué dans la classe (les filles regardaient leurs pieds et les garçons gloussaient), je me suis dit que ça devait être la procédure normale - la plupart de mes camarades avaient déjà expérimenté (moyenne d’âge dans ma classe de 4e pourrie : 15 ans, ô joies de la banlieue).
Il fallait donc BOUGER ! Révélation fort utile lorsque ma première expérience eut effectivement lieu. Entretemps, je n’avais toujours pas accès à la télé, ni au cinéma, ni aux films porno. C’est l’école qui m’aura sortie de mon univers statique. Et puis finalement, se taper la honte à douze ans pour éviter de foncer droit dans le mur à seize, ça ne me semble pas si absurde.
Du coup, bisou aux frères Lumière.




