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L?herbe sexuelle est-elle plus verte ailleurs ?
Un ami me disait récemment que la vie était plus belle pour les hommes grands. Ils occupent l?espace, ils n?ont pas besoin d?en faire des tonnes, ils draguent comme une évidence. Cet ami est de taille moyenne, certainement pas petit.Un autre pote me racontait comme il regrettait de ne pas connaître, au moins un jour dans sa vie, ce que ressent un homme beau. L?assurance, le succès, l?approbation muette de l?entourage. Ce pote, personnellement, je le trouve beau.
J?avais une amie grosse qui refusait de remplacer ses grosses lunettes par des lentilles, parce que quitte à être grosse, il fallait au moins qu?elle paraisse intelligente (elle l?était, avec ou sans lunettes).
Les autres ont des complexes à la con. Moi aussi. J?imagine toujours que je manque de sex-appeal parce que je ressemble à une gamine (les joues rondes : on me prend pour une étudiante, voire une lycéenne, et on me demande combien d?années mon frère a de plus que moi? il est quatre ans plus jeune). Quand j?arrive à un rendez-vous pro, je me débrouille pour placer que je suis journaliste depuis neuf ans, sinon on me propose des rémunérations de stagiaire. Plutôt cool de paraître jeune, non ? Ouaips, sauf quand j?ai envie de sortir le grand jeu : j?ai peur de ressembler à une ado qui aurait piqué les fringues de sa mère.
J?imagine que je vais passer de la petite fille à la petite vieille sans passer par la femme. Et aussi qu?on ne me prendra jamais vraiment au sérieux. Et aussi que seules les filles qui ressemblent à des femmes peuvent accéder à une vie d?adulte qui ne se passe pas entre douze boulots et trois pays (une existence qui me convient parfaitement sauf quand je commence à complexer par rapport à ce qu?une nana de 31 ans est censée vivre, à savoir le posage et les enfants, ce qui aboutirait logiquement dans mon cas à me pendre).
Et puis je me dis que sans s?affranchir totalement de son physique, on peut le transcender, jouer, séduire dans et aussi hors de sa catégorie. Je revendique mon droit d?être superglamour en même temps que de zoner en minishort devant Mario Kart. Ce sont deux images différentes et il est clair que je parais plus travestie dans le premier cas. Et alors ? Je ne vais pas m?interdire un look de femme fatale que j?adore. Si je commence à m’excuser j’aurais l’air de ne pas assumer et là, oui, ça deviendra ridicule. En fait c?est une pure question d?attitude.
Evidemment, ça ne peut pas marcher pour tout. Mais je repense à mon ami qui se croit petit, à celui qui se croit moche, à celle qui se croit bête? à tout ce qu?on peut dépasser. Il y a des prisons qu?on encourage et que notre propre comportement rend réelles. Il y a des complexes qu?on peut tout simplement décider d?arrêter de nourrir. Je dis bien « décider », parce que ça ne tombera pas du ciel.
Les gens ont des complexes à la con, moi aussi, mais je me soigne.
(Et je suis très attirée par les gens sans complexes, y compris quand ils pourraient en avoir. Ils semblent flotter un peu plus haut. Même avec 20 kilos de trop.)
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Vendre son corps, ok, mais combien ? Je lis ce matin cet article sur la marchandisation du corps chez Slate, et je me demandais combien je vendrais une relation sexuelle avec moi-même (quand j’étais étudiante j’ai eu quelques jolies propositions et il me semblait à l’époque que c’était beaucoup d’argent, alors que 2000 francs, bof). Considérons donc la chose. Quand je réfléchis de manière abstraite, je suis prête à ouvrir la porte* pour 500 euros, vu que c’est l’étape psychologique qui généralement me bloque pour acheter un truc formidable. Pour 500 euros on fait un aller-retour à Kiev, on s’offre une nuit dans un joli hôtel au bord de la mer, ou alors on achète la paire d’escarpins de ses rêves (sauf maintenant qu’on l’a déjà).
Sauf que 500 euros, c’est avec un homme abstrait, donc pas ultimement repoussant. Alors j’ai cherché un support visuel (pas facile) qui serait pile dans mes non-critères : vieux, vulgaire, gras. Vulgaire surtout. Tony Soprano.
Bon. Et bien même comme ça, la balance ne grimpe pas tellement (1000 euros ? bof, pour une demi-heure d’effort, peu importe le gars, 800 euros, allez). Si j’étais pute, je serais pauvre. J’imagine que je manque de sacralisation du corps. Je n’ai jamais tenté l’expérience mais je suis sûre que je ne serais PAS traumatisée de coucher pour de l’argent, je trouverais ça certainement ennuyeux, plutôt. Je peux complètement faire abstraction du physique, s’il le faut. Je peux penser à autre chose.
S’il fallait en plus être motivée, flirter un peu, ce serait plus compliqué. Faire semblant de trouver un homme intéressant pendant un dîner, mentir sur mes motivations, pffff. Mais là encore, jamais je ne demanderais plus de 800 euros, et encore, ça me paraît énorme. Je ne dois pas manquer assez d’argent. A vrai dire, je réalise que je n’ai aucun avenir dans la prostitution :) Trop d’indifférence. Pas assez de famille à charge. Même pas de culpabilité. Prodigieusement ennuyeux, donc.
*La relation vaginale pour 500 euros, 1500 pour une fellation (c’est plus fatiguant, impossible d’être passive, en plus il faut supporter le goût, l’odeur et le visuel, brrrr), 5000 pour une sodomie (juste au cas où le client serait brutal). 500 euros aussi pour s’occuper de mes pieds (les fétichistes apprécieront), 500 euros pour se faire fouetter et humilier par moi (pour l’inverse, on commence à en parler à partir de 10 millions d’euros). 3000 pour une nuit complète parce que j’ai autre chose à faire de mes nuits. La vache, jamais je n’aurais pensé donner un prix à tout ça, ce blog est formidable.
Bon alors, et vous, combien vous coûtez ?
(Cette discussion est purement théorique, of course, et ne concerne pas la moralité de la prostitution, sujet déjà maintes fois abordé. Parlons des prix et du rapport corps/argent/subjectivité uniquement. Nous sommes bien d’accord que le racolage est illégal et que personne ici ne fait sa pub, sinon je vais en prison.)




