Le cuir de la banquette rougit, le serveur frise l’agonie. Chacune
de ses allées et venues met un peu plus de piquant. Elle jubile des réactions
épidermiques du garçon en addiction de ses provocations. Et moi, moi je savoure
l’instant. Les jambes des femmes ont ce talent unique d’embraser les esprits,
ici ou là, qu’importe le lieu.
Le crissement des bas sur des cuisses qui se croisent, se décroisent,
s’entrecroisent dans un ballet érotique est, si ce n’est indécent, pour le
moins provoquant !
Silhouette féline et regard opaline, elle se démarque
nettement du reste des clients de cette brasserie de quartier. Et pourtant il
n’y a guère que le garçon de café et moi qui lui prêtons une attention
particulière.
Je suis entré là par hasard, en attendant mon rendez-vous.
Des mois que je suis à la recherche d’un appartement à louer ou acheter .J’ai
abandonné les agences immobilières et j’ai opté pour les particuliers .J’ai
encore une petite demi-heure devant moi. J’ai, par principe, horreur d’arriver
en retard. J’aime dévisager plutôt qu’on ne me dévisage lors d’une rencontre
programmée. Les émotions transpirent, les émois colorent et parfument les
peaux. Mais pourquoi, exceptionnellement ai-je cette étrange impression de me
sentir observé ? C’est déstabilisant !
En suivant la ligne divine de la féminité assise en face de
moi, de la pointe des aiguilles aux jarretelles dévoilées, j’envisage une suite
à l’inventaire osé. J’ai croisé son regard, l’espace d’une mimique dépouillée
d’intérêt. Il est dosé à souhait de classe et de perversité…celui d’une femme
que l’on désire aborder avec courtoisie, mais avec de la suite dans les idées
…Je remonte lentement au dessus de la ceinture du trench-coat élégant qui
invite à la luxure. Je l’imagine nue sous son manteau de pluie, ou à peine
voilée de dentelles raffinées, et d’un collier de perles sublimant son port
altier et les rondeurs de son décolleté. Le diabolique de sa féminité commence
à œuvrer de manière suggestive. En dessous de ma ceinture, un début d’érection,
concrétise mes folies cérébrales et mes folles intuitions. Mais qui est-elle
donc pour provoquer ainsi ?
Pas mal, pas mal du tout ! A en juger par son comportement,
il n’est pas insensible à ma douce brutalité à l’observer avec insistance et
détermination. Si j’étais extérieure à ce jeu diabolique, je dirais de moi que
je suis une garce, une adorable garce ! De certains me traiteraient
d’allumeuse. Ce serait mal me connaître. Je ne conçois l’embrasement que s’il y
a matière à la possibilité d’une extinction aussi prévisible que spontanée. Les
allumeuses je les exècre…Foutre le feu, juste pour tester, quelle ignominie.
Il n’arrête pas de
regarder sa montre avec une nervosité particulière. Je la reconnais celle là,
c’est celle d’un homme qui se sent observé par une femme qui ne lui déplait pas,
mais dont il tente de fuir l’audace. Son regard noir, sa bouche pulpeuse, sa
mâchoire virile, tout me plait chez lui ! Jusqu’à cette aussi délicieuse
que minuscule cicatrice qui barre son arcade gauche. Regarde moi, regarde moi,
viens cueillir ma rétine au lieu de te perdre en dévotion sur mes jambes
gainées de noir !
Mais peut être a-t’il tout simplement rendez-vous .L’heure
approche ou bien est-elle déjà dépassée ? Et si c’était avec moi qu'’il
avait rendez-vous, un rencart de la vie, un clin d‘œil du destin. Il a bon dos
le destin, il est trop souvent poussif, mérite d’être bousculé pour être renversé.
J'ai cette intime conviction que chaque personne sur terre à
son âme sœur… pour peu qu'’on se donne la peine de la débusquer. Je ne vais tout
de même pas attendre de voir la semelle de ses talons me narguer .Il est temps
que j’intervienne .Il me plait, je lui plais …peut être pourrais je l’inviter d’un
sourire à rejoindre ma table pour prendre un verre puis lui offrir un
effluve plus sexy que l’arome d’un café !
A suivre …